"Le Congo est la capitale mondiale du viol ", avait déclaré en avril, Margot Wallstrom, envoyée spéciale de l'Onu pour les violences faites aux femmes et aux enfants en zones de conflits, à l'issue de sa dernière visite d'avril à Kinshasa et au Nord-Kivu. Aujourd'hui, la RDC peine à démentir une information que toutes les autres sources affirment de manière unanime et sans la moindre hésitation. Au moins 179 personnes viennent d'être violées en quelques jours dans la région de Walikale, au Nord-Kivu par des miliciens Maï-Maï et des rebelles FDLR. La grande majorité des victimes sont des femmes, mais des jeunes garçons ont aussi subi des sévices sexuels.
La situation sécuritaire dans l'Est de la RDC, surtout en matière des violences faites à la femme est telle que le secrétaire général de l'Onu s'est vu obligé d'y envoyer l'un de ses plus hauts représentants, Atul Khare, numéro deux du département de maintien de la paix et de la sécurité. Sa tâche consiste à enquêter notamment sur ce viol.
Pour le seul premier trimestre 2010, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), parle d'au moins 1 200 femmes victimes, soit 14 viols par jour en moyenne. Les atrocités commises autour de Walikale confirment le degré de nuisance des hommes en armes en RDC où 60% des viols sont commis par des groupes armés, or la région connaît une recrudescence des attaques des rebelles FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) depuis juillet.
Selon l'Observatoire international de l'usage du viol, comme tactique de guerre, les crimes sexuels servent de récompense pour les miliciens. Programmés, ils visent aussi à détruire l'individu et sa communauté entière. Les victimes sont généralement stigmatisées, abandonnées. Les liens sociaux sont alors détruits et les individus dispersés.
Tous les cas de viols n'ont pas conduit la communauté internationale à peser pour que cesse l'impunité dont jouissent les auteurs de ces actes ignobles. En dépit du nombre élevé des personnalités intéressées par la question, notamment la très puissante secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, qui ne cesse de défiler dans cette partie de la RDC, le mal semble s'enraciner davantage et le phénomène perdurer.' En effet, ce n'est ni les visites de ces personnalités ni leurs déclarations accompagnées d'indignations, encore moins leurs condamnations contre les viols qui peuvent arrêter les auteurs.
En 2008, l'Onu avait officiellement qualifié les viols, d'arme de guerre. En visite dans la région l'an dernier, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton avait décrit les viols comme le mal à l'état pur. Pourtant, le phénomène est loin de régresser. Au grand dam de nombreuses victimes.
Peut-on s'attendre à un changement du phénomène?
Face à cette énième visite d'un haut responsable de l'Onu, l'opinion nationale, surtout les victimes, se demande si l'on peut s'attendre à changement du phénomène. Sur place, la société civile salue l'initiative, mais demande du concret et plus d'engagement de la part de la communauté internationale et des autorités congolaises. De son côté, le département paix et sécurité des Nations unies indique que ses militaires ne peuvent pas être partout, et que c'est d'abord au Congo, Etat souverain, d'arrêter les coupables.
Depuis le déclenchement des guerres en RDC, le nombre de Congolais et Congolaises morts violés ne cesse d'augmenter sans que la communauté internationale ne se décide d'y mettre fin une fois pour toutes. L'on se demande si les 5,4 millions de morts déjà enregistrés dans les deux Kivu et la Province Orientale depuis le déclenchement des hostilités en 1998, y compris le nombre croissant des femmes et filles violées, ne suffisent pas pour émouvoir la communauté internationale et les autorités nationales au point de les pousser à mettre définitivement fin aux violences faites aux femmes et au massacre indescriptible des populations civiles en RDC.
Ban Ki Moon scandalisé et un revers pour la Monusco
Le secrétaire général de l'Onu s'est dit scandalisé par les nouveaux cas de viols, d'autant que ces actes ignobles ont été perpétrés près d'une base des casques bleus, suscitant des interrogations sur l'efficacité de la force. Ces attaques étaient choquantes même pour un pays, ou les cas de viols systématiques sont fréquents et utilisés comme armes de guerre.
Elles ont été attribuées à des rebelles rwandais et congolais qui auraient violé en association, des femmes, pendant plusieurs jours, au fur et a mesure qu'ils traversaient des villages.
Scandalisé, Ban Ki-moon a indiqué que ces attaques illustraient bien l'ampleur des violences sexuelles qui se commettent en RDC avec beaucoup d'impunité. En même temps, ces attaques constituent un revers pour la mission de maintien de la paix de l'ONU, qui est censée protéger les populations civiles, victimes aussi bien des forces gouvernementales que des rebelles, dans l'est du pays.
Des responsables onusiens ont reconnu qu'un petit contingent de casques bleus, basé a 30 kilomètres de l'attaque n'a rien remarqué, même une semaine après l'incident. Pour empêcher les villageois d'alerter les soldats onusiens sur le drame qui se déroulait, indiquait-on, les rebelles ont bloqué le passage.
Comme d'habitude, pour tenter de se dédouaner après la révélation de tels actes, les États-Unis, par la voix de sa secrétaire d'Etat Hillary Clinton, ont promis de faire tout pour aider à l'arrestation des auteurs de la série de viols collectifs qui ont eu lieu entre le 30 juillet et le 3 août au Nord-Kivu.
"Cette horrible attaque est un nouvel exemple de la manière dont la violence sexuelle sape les efforts pour réaliser et maintenir la stabilité dans ces régions déchirées par le conflit mais qui luttent pour la paix", a déclaré Clinton dans un communiqué. Selon les Nations unies, des insurgés hutus des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) et des miliciens Maï-Maï ont commis ces viols contre près de 200 femmes et enfants lors d'une attaque contre la localité de Luvungi.
Enquêtes tous azimuts pour une situation insoutenable
La Mission des Nations unies pour la stabilité de la RDC (Monusco) et les autorités congolaises ont ouvert, chacune, une enquête sur ces viols collectifs au cours desquels 179 personnes ont été violées pendant quatre jours alors que la localité était sous occupation des insurgés hutus FDLR et des miliciens Maï-Maï. " Nous avons reçu l'information le 12 [août], déjà le 13, nous avons envoyé surplace une équipe conjointe de protection qui a fait une première enquête ", a déclaré à ce sujet Madnodje Mounoubaye, porte-parole de la Monusco à Kinshasa. Selon lui, une deuxième équipe conjointe "va aller incessamment sur le terrain pour continuer à creuser un peu plus les conclusions de la première équipe."
C'est l'ONG américaine International Medical Corps (IMC) qui a donné l'alerte. IMC prend en charge les victimes de viol. Le chef de mission d'IMC dans l'Est de la RDC, Giorgio Trombatore, dit que la situation est insoutenable. "Beaucoup de ces femmes ont été violées devant leur famille ", a-t-il déclaré. Ces femmes sont souvent abandonnées par leur famille après le drame, et IMC s'emploie, en plus des soins médicaux, à réconcilier les différentes parties, a expliqué Giorgio Trombatore.
Sans doute la persistance de cas de viols en RDC ouvre-t-elle grandement les portes de la Cour pénale internationale (CPI) aux auteurs de ces actes. Le moment venu, les Congolais ne s'étonneront certainement pas de voir défiler en grand nombre leurs compatriotes devant le tribunal de la CPI pour répondre de leurs actes ignobles.
Kléber Kungu
Par BONGOS ROGER - Publié dans : CONGO DEMOCRATIQUE (RDC)
Saturday, April 02, 2011
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